Forum d'amitié franco turque athée et laïque !
AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  S’enregistrerS’enregistrer  ConnexionConnexion  
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet
 

La guerre en best-seller

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Nobel
Administrateur



Age : 35
Inscrit le : 07 Mar 2005
Messages : 4091

MessageSujet: La guerre en best-seller   Jeu 7 Avr - 15:19

La guerre en best-seller

Marc SEMO
Libération - 06/04/2005


Vendu à 300 000 exemplaires, «Tempête de métal» raconte une guerre entre la Turquie et les Etats-Unis en 2007. Une politique fiction appuyée sur une haine antiaméricaine croissante, doublée de relents d'antisémitisme. Une paranoïa ambiante renforcée par l'hésitation des Européens sur l'adhésion à l'UE du pays.

Les avions de combat américains pilonnent Ankara et Istanbul. «Les bombardements intenses ont duré plus de quatre heures et il y a d'importantes pertes civiles. Les ponts sur le Bosphore sont coupés.» La scène est supposée se passer en mai 2007. L'opération «Tempête de métal» vient de commencer et vise, entre autres, à s'emparer des très importants gisements turcs de bore. «L'occupation de la Turquie par les Etats-Unis», clame le sous-titre barrant la couverture du livre, un criard montage photographique de GI hurlants et de mosquées en flammes. Sorti mi-décembre, Metal Firtina (Tempête de métal) pulvérise tous les records, dépassant déjà les 300 000 exemplaires. Du jamais vu dans un pays où un best-seller vend, dans les meilleurs cas, dix fois moins. «C'est de la politique fiction, mais ce roman évoque une théorie du possible et brise un tabou. Dans notre inconscient, ce sentiment était là depuis des années, mais nous n'osions pas l'admettre, car nous vivions dans la peur d'une crise ouverte avec les Etats-Unis», explique Burak Turna, 30 ans, journaliste économique et coauteur, avec Orkun Ucar, de ce succès de librairie. Le premier a apporté l'idée, l'autre, auteur et éditeur spécialisé en science-fiction, son savoir-faire. Le style est sommaire et la trame, manichéenne, débouche sur l'inévitable «happy end» : la victoire d'Ankara après la déroute initiale de ses forces armées. Sur fond de tensions croissantes américano-turques depuis le début de la guerre en Irak, la recette marche à merveille. «Ce n'est pas un livre antiaméricain, mais un livre contre la politique de Bush qui précipite la région dans le chaos», se justifie Burak Turna, au diapason de ses concitoyens : selon un sondage de la BBC, 82 % des Turcs considèrent les Etats-Unis comme LA menace pour la paix mondiale, battant tous les records européens.


«Mein Kampf» réédité

Le livre trône partout. Il est en vitrine au fin fond de l'Anatolie dans des échoppes où même la presse nationale n'arrive pas régulièrement. On le voit dans les kiosques des aéroports comme dans les bonnes librairies d'Istanbul ou d'Ankara. «Il y a d'abord eu la curiosité. Maintenant, l'effet de mode fonctionne à plein», explique un libraire. Les intellectuels se pincent le nez mais beaucoup d'hommes politiques adorent, notamment ceux de l'AKP (Parti de la justice et du développement), le parti au pouvoir issu du mouvement islamiste dont certains ténors dénoncent sans trêve «le génocide» commis par les Américains en Irak. Les nationalistes de gauche ne sont pas en reste. Partout, les piles de Tempête de métal voisinent avec celles de Da Vinci Code, succès mondial de la théorie du complot, ou celles de Mein Kampf, le sinistre manifeste d'Adolf Hitler. Traduit la première fois en 1939, ce livre était régulièrement réédité par l'extrême droite avec des tirages confidentiels. Les nouvelles éditions ont dépassé les 50 000 exemplaires et mettent le titre en quatrième position des meilleures ventes. «Nous avons pensé que dans la période actuelle, le livre pourrait bien marcher», se justifie Sami Celik, propriétaire des éditions Emre assurant avoir obéi à des raisons «purement commerciales».

«Tempête de métal cristallise des peurs latentes mais réelles et Mein Kampf vient dans le sillage. L'un et l'autre sont les révélateurs d'un air du temps xénophobe et d'un nationalisme défensif, dépressif, toujours plus paranoïaque, nourri de ressentiments vis-à-vis des Etats-Unis et de l'Union européenne», souligne Ahmet Insel, professeur d'économie à l'université Galatasaray d'Istanbul et à Paris-I. Les sondages montrent une opinion toujours massivement favorable à une future adhésion (seuls 12 % des Turcs y sont hostiles) et 43 % des personnes interrogées se déclarent «optimistes sur l'avenir». Mais dans les profondeurs de la société turque, les frustrations bouillonnent. Inquiètes pour l'image du pays, les autorités ont réagi au succès de Mein Kampf en rappelant «qu'il n'y a pas de tradition antisémite en Turquie». Avec une amère ironie, Türker Alkan, du quotidien libéral Radikal, souligne que «le fascisme turc n'a pas besoin de la technique allemande et ceux qui torturent dans les commissariats n'ont pas besoin de lire Mein Kampf». Dans le même journal, Haluk Shahin n'hésite pas à dénoncer les «Milosevic turcs». Le grand romancier Ohran Pamuk a récemment fait les frais du climat ambiant. Dans une interview à un journal suisse, il avait évoqué «le million de morts arméniens de 1915 et les 30 000 Kurdes tués dans les années 80-90». Dénoncé comme «traître» par la presse nationaliste, menacé, il a préféré s'éloigner quelque temps d'Istanbul.

«Il y a une part d'exagération médiatique, mais des sentiments antioccidentaux montent à cause de la campagne antiturque en Europe, et surtout du fait de la politique américaine en Irak», confirme Sefi Tashan, directeur de l'Institut de politique étrangère à Ankara. Longtemps pilier du flanc sud-est de l'Otan face au bloc soviétique, la Turquie vit des relations toujours plus conflictuelles avec Washington. Tout a commencé au printemps 2003, avec le refus du gouvernement de l'islamiste modéré Recep Tayyip Erdogan d'autoriser le déploiement de 80 000 GI pour ouvrir un front nord contre Saddam. Depuis, la polémique s'est envenimée. Ankara s'est montré réservé sur le résultat des élections irakiennes. La capitale turque reste l'un des derniers appuis du régime syrien. Les ténors des think tanks républicains d'outre-Atlantique dénoncent toujours plus ouvertement un pays «ingrat, antisémite et paranoïaque où monte l'islamisme».


Magasins «interdits aux Américains»

«Ce qui est nouveau dans cet antiaméricanisme et le rend si fort est le fait qu'il ne se limite plus aux franges de l'extrême droite ou des islamistes radicaux, mais qu'il est désormais partagé par une partie des élites et même par certains militaires», souligne Ahmet Insel. Les attaques dérapent facilement dans la dénonciation du «complot sioniste» et la presse ne se prive pas de rappeler à l'occasion les «origines ethniques» ­ c'est-à-dire juives ­ de l'ambassadeur américain Eric Edelman, qui a fini par démissionner à cause de ses relations exécrables avec les autorités locales. L'antiaméricanisme est encore plus évident au niveau populaire, notamment dans la base de l'AKP. En janvier dernier, des affiches «interdit aux Américains» sont apparues sur les vitrines de nombreux magasins de Kale, le vieux quartier d'Ankara, avant d'être enlevées après une protestation de l'ambassade américaine. Dans les forums Internet, la parano explose. «Ils attaquent les pays musulmans voisins... Pourquoi nous épargneraient-ils ?» clame un internaute sur l'un des sites de discussion les plus fréquentés.

«Les Turcs ont trop longtemps accepté sans réagir que les Etats-Unis se servent d'eux, mais ils refusent maintenant que Washington joue ouvertement la carte kurde au détriment de leurs intérêts», martèle Burak Turna. Les auteurs de Metal Firtina font démarrer la guerre turco-américaine en Irak du Nord, épicentre du contentieux, là où, protégés des Américains, les Kurdes irakiens consolident aujourd'hui leur autonomie. Ceux-ci sont en passe de prendre le contrôle de la ville de Kirkouk, dont les riches réserves pétrolières assureraient à un éventuel Etat kurde les moyens de son indépendance. Au risque de susciter l'hostilité en Turquie, où les Kurdes représentent environ 12 millions des 70 millions d'habitants du pays. S'inspirant directement de cette réalité, le livre contient tous les ingrédients à même de satisfaire les fantasmes locaux. On y trouve ainsi l'inévitable capitaliste ploutocrate qui convainc George Bush de se lancer dans l'aventure avec le soutien des chrétiens fondamentalistes qui veulent reconquérir Constantinople.

Les auteurs de Tempête de métal sont invités à des dizaines de débats ­ celui organisé par l'AKP d'Istanbul a été annulé au dernier moment sur ordre du gouvernement soucieux de ne pas aggraver son contentieux avec Washington. Ils reçoivent des milliers de messages de félicitations. Les seules critiques leur reprochent d'avoir montré l'armée turque indécise, mal organisée et incapable de faire face...


Des Kurdes, agents américains

«L'antiaméricanisme existe partout en Europe, mais il faut être sourd et aveugle pour ne pas voir qu'en Turquie il est en train de nourrir un racisme antikurde qui va croissant», s'inquiète Cengiz Candar, intellectuel libéral. Car les Kurdes, considérés comme des agents américains, cristallisent désormais tous les ressentiments. Dans la revue Birikim, Tanil Bora, professeur de sciences politiques à Ankara, a analysé les messages circulant sur le Net, appels délirants à lancer «un nettoyage ethnique préventif» contre les Kurdes ou à utiliser contre eux «les armes de destruction massive». Le 21 mars, jour de Newroz (nouvel an des peuples d'Asie centrale), à Mersin, grand port du Sud, trois gosses ont tenté de brûler un drapeau turc, finalement sauvé par un policier. Cette provocation est devenue un psychodrame national. «Une telle détestation du drapeau par de prétendus citoyens est totalement inexplicable et injustifiable», a souligné un communiqué de l'état-major. Les grands médias ont aussitôt appelé les citoyens à exposer partout les couleurs nationales.

«L'hostilité manifestée par la Turquie vis-à-vis de ses citoyens kurdes ne peut que ralentir notre marche vers l'Europe», reconnaît, préoccupé, Cengiz Candar. Après avoir reçu un feu clignotant des «25» pour l'ouverture des négociations d'adhésion en octobre prochain, le gouvernement traîne dans la mise en oeuvre des réformes et Bruxelles dénonce toujours plus durement «ces retards». Dans les talk-shows télévisés, europhobes et souverainistes triomphent, dénonçant «l'hypocrisie des Européens» sinon leurs projets de dépeçage du pays. «Il faut qu'ils nous disent finalement clairement s'ils veulent ou non de nous dans l'Europe», affirme Burak Turna. Habile à sentir le vent, il est en train d'achever son prochain livre sur une guerre entre la Turquie... et l'UE. «Cela commence avec des massacres de Turcs sur fond de propagande raciste et néonazie en Europe», explique l'auteur qui veut ainsi «faire réfléchir les Européens comme il a tenté de faire réfléchir les Américains». Il est convaincu que ce sera le best-seller turc de l'été.


C'est bizarre non de voir que chaque fait et geste de la société turque soit scruté par les journalistes européens.
Est-ce que ces fictions sont uniques ?

Regardons un peu comment se sont comportés les Etats-Unis et l'Europe vis à vis des musulmans et qui a pris la place du méchant contre le gentil américain ou euroépen.
Tous les films (surtout américains) montrent le terrorisme islamique confondant l'intégriste avec le citoyen de confession musulmane.
Souvenez-vous après les attentats du 11 mars à Madrid ou du 11 sept à NY. Les personnes interrogées disaient toutes la même chose:" Jamais on ne pouvait imaginer que nos voisins pouvaient être des terroristes, et pourtant." Ce genre d'inteview a été diffusé des centaines de fois. Message à peine voilé: "Méfiez-vous de vos voisins musulmans, ils pourraient être des terroristes !". D'ailleurs c'est exactement ce message qui est diffusé par la saison 4 de la série "24 Heures Chrono". Une famille américaine d'origine turque qui semble tout à fait respectable prépare en fait un attentat nucléaire à Los Angeles avec d'autres islamistes.
Bref, si après ça on s'étonne de la montée des actes racistes envers certaines communautés, c'est sûrement un pur hasard !
Mais alors pourquoi aucun article à ce sujet ? Pour pers ne s'émeut de la façon dont sont traités certains pays, certains peuples qui sont la cause de tous les maux et surtout la cause de la guerre ?
Il est tellement plus facile de faire des articles faciles sans la moindre reflexion sur sa propre société.
Ca s'appelle du journalisme d'investigation ou un article destiné à faire peur comme les fictions qu'ils prétendent dénoncer ?
_________________
"Puisqu'on allume les étoiles, c'est qu'elles sont à quelqu'un nécessaires"
Revenir en haut Aller en bas

La guerre en best-seller

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forum d'amitié franco turque athée et laïque ! :: GEOPOLITIS :: ACTUALITES TURQUES-
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet