C'est l'horreur, je sors à l'instant d'un magasin de l'enseigne Carrefour où je me suis livré à une investigation! En fait c'est bien pire que tout ce que nous décrit Laroserouge, tout n'est qu'invitation au stupre et à la fornication.
Tout commence au rayon "droguerie" avec des parfums d'ambiance au noms évocateurs (Touch and Fresh de chez Brise). Non loin d'ici, des boissons aphrodisiaques (Red Boules, La villageoise...) et des conditionnements aux formes évocatrices (Perrier, Orangina, Contrex pour ceux qui aiment les cannelures). Tout près des liquides, le rayon frais qui n'a de frais que le nom. Une débauche de formes, des légumineuses par milliers qui appellent le vice, de toutes tailles, formes et textures (lisses, granuleuses, striées...) que rien ne cache de la vue des enfants!
Imaginez plutôt : des poireaux de 60 cm, des concombres, aubergines, courgettes, oignons grelots boostés aux engrais pour aller toujours plus loin dans l'excès.
À peine ai-je le temps de détourner le regard du jardin de Sodome et Gomorrhe en me signant qu'une voix d'une vulgarité sans borne déchire mes chastes tympans : "Messieurs... vous goûterez bien à ma raie, elle est toute fraîche, un peu collante, sentez-moi ça!" Plus tard, une autre hétaïre du rayon marée lance un appel à la foule masculine : "À la moule, à la moule, elle est belle, elle est fraîche ma moule!". C'en est trop!
D'un pas ferme et décidé je me dirige vers les caisses en chantant intérieurement "plus près de toi mon Dieu". À peine le temps de déposer mes sachets d'hosties, mes carottes (râpées) et mon pack d'eau bénite, qu'une pêcheresse en uniforme m'invective. "Elle a sa carte de fidélité la p'tite dame! Si elle l'a pas encore, elle peut aller à l'accueil, aujourd'hui c'est adhésion gratuite..."" (Faut vous dire que pour ne pas être repéré, j'avais emprunté un tailleur Chanel à mon épouse, chaussé des ballerines et mis une perruque modèle Sarah Palin.
C'était un code j'en étais sûr! À en juger par la lubricité de son regard, cette femme de peu de foi m'invitait à rejoindre la cohorte de dépravés, invertis et autres déviants sexuels déjà acquis à la cause de la luxure. C'en était trop, je fis virevolter mon sac à main dans sa tronche maquillée à outrance et fonçait vers la sortie. Mais deux vigiles me stoppèrent dans mon élan et me conduisirent dans un réduit loin des regards indiscrets.
Et c'est alors que le réveil à sonné et je ne me souviens pas de la suite...