Aurel Administravelociraptor


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 | Sujet: L’Italie crucifie le principe de laïcité ! Sam 18 Mar - 7:19 | |
| L’Italie crucifie le principe de laïcité ! PAR MICHEL NAUD, POUR EUROPEUS.ORG vendredi 17 mars 2006
« Un juge est condamné à 7 mois de prison et se voit suspendu de ses fonctions et salaires pour le seul motif qu’il ne veut plus siéger dans son tribunal en présence de symboles religieux ». Non ce n’est pas un canular. Non, cela ne se passe pas dans une des républiques islamiques d’Afrique ou d’Asie. Non, cela ne se passe pas non plus dans un état reculé soumis à l’imperium de fondamentalistes protestants en Amérique. C’est sur notre continent que cela se passe... La victime s’appelle Luigi Tosti. Il est juge de profession auprès du tribunal de Camerino (Italie). En 2003 des avocats plaidaient face au Juge la discrimination de leur client contraint de comparaître devant un juge siégeant sous un crucifix et donc soumis symboliquement à l’autorité d’une divinité qu’il ne reconnaissait pas. Le Juge Luigi Tosti, 57 ans, prenait ainsi conscience d’une réalité à laquelle il n’avait pas prêté pleinement attention jusque là. Jugeant la demande recevable, il retirait alors le crucifix installé au dessus de sa tête et reprenait le cours de l’audience. C’était le début d’une longue bataille procédurale qui, finalement, amenait Luigi Tosti à décider de ne pas siéger dans le tribunal tant que des signes religieux y resteraient apposés. C’est cette dernière attitude qui lui vaut une condamnation pénale à 7 mois de prison (Jugement du 18 novembre 2005, tribunal de L’Aquila - le juge a fait appel) et une suspension administrative de toutes ses fonctions et rémunération (Décision du 1 février 2006, Conseil Supérieur de la Magistrature). Voulant saisir la Cour constitutionnelle de ce conflit, cette instance a décidé, le 8 mars dernier, de ne pas admettre la demande du juge : il n’y aura donc pas de jugement au fond. Désormais suspendu de ses fonctions et privé de ressources, il ne reste plus au Juge qu’à attendre, pour pouvoir saisir la Cour européenne des droits de l’homme que tous les recours possibles soient épuisés. Mais l’Etat italien a le temps ...
Dans le même temps, en Italie, d’autres « affaires » défraient la chronique. Un activiste musulman, Adel Smith, président de l’Union des Musulmans d’Italie, vient d’être condamné, en janvier dernier, à 8 mois de prison pour avoir jeté par la fenêtre le crucifix qui ornait la chambre de l’hôpital public ou séjournait sa mère souffrante, après que l’administration de l’hôpital ait refusé de le retirer du mur. Sergio Martella, lui, est en conflit avec le ministère de l’intérieur pour que soient retirés les crucifix qui trônent dans les bureaux de vote (et oui !) et qu’ils soient remplacés par le drapeau tricolore, symbole de l’Italie, et le portrait du président de la République en exercice. Quant à elle, une citoyenne finlandaise, résidant en Italie, est allée jusque devant le Conseil d’Etat pour demander que les crucifix soient retirés des murs des salles de classe des écoles publiques mais sans succès (15 février 2006).
Le fondement de ces décisions judiciaires et disciplinaires sont des circulaires datant de la période fasciste et jamais abrogés : circulaires de l’instruction publique du 22 novembre 1922 et du 26 mai 1926, ordonnance ministérielle du 11 novembre 1923, circulaire du ministre Rocco du 29 mai 1926, n. 2134/1867, etc. En toile de fond, les accords de Latran, signés en 1929 entre Mussolini et Pie XI, jamais dénoncés, eux non plus, donnent le cadre du régime de concordat entre l’Etat italien et l’Eglise catholique, même si le catholicisme n’a plus officiellement statut de religion d’Etat. Tel est le cadre juridique existant, en lui-même hallucinant, même si nous n’oublions pas qu’en France aussi tout le ménage républicain n’a pas été fait (permanence du concordat en Alsace et en Moselle, loi du 25 décembre 1942 -de la période vichyste et jamais abrogée - qui permet le financement public de l’entretien des lieux de culte qu’ils soient ou non classés monuments historiques). Mais la toile de fond politique, à quelques semaines des élections italiennes, vaut également son pesant d’or. Le 19 novembre 2005, après une réunion de concertation, le Président du Conseil, Silvio Berlusconi confirmait officiellement au Pape des catholiques Benoît XVI sa volonté de coopérer dans l’application coordonnée des accords de Latran (rassurant probablement ainsi sa toute nouvelle alliée en la personne de la petite fille du signataire de ces accords, Benito Mussolini). Mieux encore, commentant la décision du Conseil d’Etat, Roberto Calderoli, de la Ligue du Nord, alors ministre de la réforme du gouvernement Berlusconi déclare sans coup férir le 15 février 2006 que le maintien confirmé de la présence obligatoire de crucifix aux murs des écoles publiques représente « la victoire du bon sens et de nos valeurs qui, plus que chrétiennes, sont les valeurs de la civilisation ».
Le 4 décembre 2005, alertés par des contacts en Italie et déconcertés de la persistance de tels agissements alors que se célébrait le centenaire de la loi de 1905 et que l’église catholique tentait de donner un visage pacifié de ses rapports au pouvoir temporel, des militants laïques belges et français, prenaient l’initiative d’en appeler à la solidarité internationale (en français - en italien) Les élections italiennes sont dans quelques semaines. Nombre de responsables politiques français font le voyage en Italie pour soutenir leur candidat mais aucun ne s’est encore fait la voix de la protestation internationale ni des idéaux laïques dont l’universalité, souvent mobilisée dans les discours, semble curieusement s’arrêter sur les sommets des Alpes. S’il est juste et nécessaire d’aider nos amis du continent américain en prise avec les fondamentalistes protestants, juste et nécessaire d’aider nos amis d’Afrique et d’Asie en prise avec le nouveau totalitarisme islamiste, il serait incompréhensible que dans le même temps nous délaissions les démocrates italiens dans leur lutte contre les théocrates qui les gouvernent, lutte qui se déroule à notre porte et dont le Juge Luigi Tosti est une victime symbolique. Chaque visiteur en Italie se doit d’être un ambassadeur des Lumières contre l’obscurantisme et exiger, avec les démocrates et laïques italiens, l’arrêt immédiat des procédures à l’encontre du Juge Tosti et sa réintégration immédiate et sans délai dans toutes ses fonctions. Il est de notre responsabilité de contribuer à ce que cette question s’invite aux élections italiennes.
par Michel Naud, ingénieur, chef d’entreprise, vice-président de l’association française pour l’information scientifique (AFIS), coordinateur du réseau des brights francophones de France et des environs (brightsfrance), vice-président de l’Union Rationaliste de Nantes (UR44)
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