Nobel Administrateur

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| Sujet: Constitution européenne : « plan B » ou plombée ? Ven 20 Mai - 12:03 | |
| Constitution européenne : « plan B » ou plombée ?
Les jours derniers de la campagne référendaire ont un peu concentré les débats sur la question de l’existence d’un éventuel « plan B » si le Non était victorieux en France le 29 mai.
Les partisans du Oui, depuis des semaines, nous mettent le couteau sous la gorge en répétant inlassablement que si la France n’entérinait pas le traité constitutionnel européen, d’une part elle serait stigmatisée comme le « mouton noir de l’Europe », le coq gaulois étant transmuté par la fée Chirac en vilain petit canard, et que l’Europe serait tout bonnement plombée pour les temps à venir. Tout est bon pour effrayer les électeurs, y compris de véhiculer des mensonges.
L’existence d’un « plan B » relève du bon sens le plus élémentaire
Laissons peut-être de côté Jacques Delors, qui critiquait vertement la Constitution européenne il y a un an [1] et qui, sur la question du « plan B », qui change d’avis chaque semaine, forçant Simone Veil à rétablir la contre-vérité. Le membre « en congé » du Conseil constitutionnel a en effet affirmé hier qu’il n’y avait « pas de plan B » en cas de défaite du oui. « Il ne faut pas s’imaginer qu’on pourra renégocier immédiatement, quand il a été si difficile de se mettre d’accord ». Une éventuelle renégociation « prendrait des années et la France serait mise en mauvaise posture », a-t-elle ajouté. Et Valéry Guiscard d’Estaing, l’autre sociétaire du Moulin de Montpensier — puisque l’on entre et on sort désormais comme on veut du Conseil constitutionnel —, en a rajouté en déclarant dans L’Express que si les Français disent non au traité, « il n’y aura pas de nouveau texte » car on ne pourra pas demander aux pays qui ont ratifié le projet actuel « d’oublier leur vote ». Mais peut-on demander à ceux qui ont refusé la « Constitution » européenne d’oublier le leur ? C’est ce que pense à l’inverse le président de l’UDF, François Bayrou, qui envisage que l’on fasse revoter les Français dans quelques mois, sur le même texte, si le Non l’emportait cette fois-ci !
En d’autres temps et d’autres régimes, on bourrait les urnes. Aujourd’hui on redresse les électeurs comme des enfants à qui l’on ressert chaque repas le même plat tant qu’ils n’ont pas fini leur assiette.
Bref, l’aveu de Jacques Delors, il y a quelques jours, dans Le Monde, où il estimait qu’« il peut y avoir » un plan B en soulignant « l’extrême difficulté du problème », a mobilisé tous les pompiers du Oui qui voyaient s’enflammer leur précieux argument. Reste que celui-ci, s’il a jamais fait vraiment illusion, ne tient plus du tout : comment pourrait-on croire que rien n’a été prévu en cas de non-adoption de la Constitution européenne ? Vingt-cinq États doivent la ratifier et leur unanimité est requise. Voilà des conditions très exigeantes qui justifient à elles seules qu’une procédure de secours existe et que la Commission européenne et les États membres se préparent à l’éventualité d’un blocage. L’état des opinions et les conditions de ratification rend d’ailleurs possible depuis le début, voire probable, le refus du Royaume-Uni, de la République tchèque, des Pays-Bas. Gouverner, c’est prévoir : si en vérité il n’y avait pas de « plan B », c’est que nous serions alors bien mal gouvernés, ce qui donne une raison de plus de voter Non.
Le troupeau européen noircit
Quant au mythe de la France isolée, il est de plus en plus aisé de lui tordre le cou, à mesure que s’étoffent les réactions dans d’autres États européens, et pas des moindres : l’euroscepticisme est majoritaire au Royaume-Uni, en Suède, aux Pays-Bas, probablement en République tchèque. Là comme ailleurs, si les gouvernements frémissent, les populations attendent et espèrent un Non français. À Berlin, le 11 mai dernier, alors que le Bundestag ratifiait la « Constitution » européenne — sans qu’on eût été là bas privé de lourdes critiques sur le texte notamment en matière d’abandons de souveraineté — les opposants défilaient en brandissant des drapeaux français. En Suède, où la population avait déjà rejeté l’euro en 2003, le gouvernement a préféré faire passer le traité constitutionnel par la voie parlementaire, le Premier ministre arguant qu’il n’était pas utile de convoquer le peuple pour un texte comportant des modifications aussi mineures ! Résultat aujourd’hui : les Suédois espèrent en la France pour enrayer leur mécanique institutionnelle.
D’autres exemples suivront sans aucun doute, et plus encore après le 29 mai si le Non l’emporte. La France a la chance, au contraire de ce qu’affirment les « ouistitis », d’ouvrir le bal populaire et de mener la valse qui pourra conduire à l’élaboration d’une alternative démocratique au projet actuel. __________ [1] Voir : « Quand Delors critiquait la constitution », L’Humanité, 15 mai 2005
Gabriel des MOËRES Source: Revue Républicaine _________________ "Puisqu'on allume les étoiles, c'est qu'elles sont à quelqu'un nécessaires" |
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