Une proposition du député André Gérin, soutenue par une
soixantaine de députés, souhaite à terme interdire le port de la burqa
dans les lieux publics en France. Ce projet relance le débat entre ceux
qui voient ce vêtement comme une atteinte à la liberté de la femme et
ceux qui perçoivent son interdiction comme une atteinte à la liberté
religieuse.
Qu'est-ce que c'est ?La burqa
(AFP),ce voile islamique qui couvre de la tête au pied certaines musulmanes,
a attiré l'attention des parlementaires. Une soixantaine d'entre eux
(trois communistes, sept socialistes, 43 UMP, deux Nouveau Centre et
trois non-inscrits) souhaitent la création d'une commission sur le port
de ce vêtement de plus en plus fréquent en France. Ce projet lancé par
le député-maire communiste André Gérin et transmis au Premier ministre,
a pour but de
"définir des propositions afin de lutter contre ces
méthodes qui constituent une atteinte aux libertés individuelles sur le
territoire national". Le député communiste veut ainsi
"ouvrir
un dialogue tout à fait loyal et franc avec l'ensemble des musulmans,
avec la question de la place de l'islam dans ce pays (...) par rapport
à la dérive fondamentaliste et intégriste" symbolisée selon lui par les burqas, qu'il qualifie de
"véritables prisons ambulantes" et d'
"atteinte à la dignité de la femme et à l'affirmation de la féminité". PourContrairement
à la loi sur la laïcité de 2004 interdisant le port de signes religieux
ostentatoires, dont le voile islamique, dans les établissements
scolaires, qui avait provoqué la colère de nombreux musulmans, l'idée
d'interdire la burqa dans les lieux publics s'avère beaucoup moins
polémique. "
Je suis pour l'interdiction", a déclaré la secrétaire d'Etat à la ville Fadela Amara.
"Je
crois que si on veut réellement aider à lutter efficacement contre les
fondamentalistes, la burqa n'est que l'expression visible et physique
des fondamentalistes et des intégristes dans notre pays" a-t-elle ajouté. Elle est rejointe sur ce point par son collègue Xavier Darcos.
"Imaginer une seconde une femme qui arrive en burqa à l'école, c'est une horreur. Et dans la rue, c'est une oppression", a indiqué le ministre de l'Education nationale. "
Il faut encourager le débat sur cette question, rendre visible la réalité et la dégradation de la condition des femmes" a ajouté Sihem Habchi, présidente de Ni putes, ni soumises (NPNS)
Le
recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, soutient dans
l'idée ce projet en soulignant que le port de la burqa est antérieur à
l'arrivée de l'Islam et absent du Coran.
"Il n'y a aucune raison en France, ni religieuse, ni sociale, de porter un vêtement aussi étranger à nos traditions" a affirmé l'ancien président du conseil français du culte musulman (CFCM).
Contre
Dalil
Boubakeur craint toutefois que la méthode, qui consisterait à interdire
ce voile qui dissimule totalement les femmes au regard des hommes, ne
représente un
"conflit des lois". "Une loi sur la burqa
s'opposera à d'autres lois qui sont celles de la liberté d'expression,
de la liberté des droits de l'homme" , a-t-il expliqué. La burqa n'est selon lui que le symptôme d'une
"hyper affirmation identitaire" et d'
"une panne de l'intégration" qu'il est préférable de combattre à la racine.
Le
secrétaire général de l'Union des organisations islamiques de France
(UOIF), Fouad Alaoui, a, quant à lui, déploré cette proposition
parlementaire qui est
"une nouvelle manœuvre propre à encourager les amalgames". Il regrette que cette démarche intervienne
"justement quand on parle de l'Iran" et se dit
"triste qu'on en arrive à ce niveau".
La question de l'interdiction du port du voile avait également été évoquée par le président américain Barack Obama lors de
son discours du Caire,
dans lequel il avait souligné l'engagement des Etats-Unis à protéger
les libertés religieuses critiquant ainsi directement les pays
occidentaux et en particulier la France qui décident
"des vêtements qu'une femme doit porter". Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) vendredi 19 juin 2009lien : http://www.lepetitjournal.com/content/view/42596/204/